Commune de Machilly

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DISCOURS DU 8 MAI 2023

Bonjour et bienvenue à la cérémonie de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945, avec notre Conseil Municipal des jeunes, avec l’harmonie municipale de Machilly-Saint-Cergues, et les élèves de l’école primaire de Machilly.

Je remercie les jeunes du village ici présents, avec l’école, les candidats au nouveau CMJ (vote ce vendredi 12 mai) avec les anciens du CMJ d’être présents avec nous et de continuer à porter la mémoire et ainsi pour nous rappeler le pourquoi nous nous rassemblons aujourd’hui : car cette question beaucoup de nouveaux arrivés dans notre région se la posent et nous la pose régulièrement : Pourquoi continuons-nous à commémorer le souvenir de cet armistice, continuer année après année ces moments nationaux de recueillement collectif. Encore ce matin, la question a été posée…

Alors interrogeons-nous : Au-delà des morts, au-delà de l’Histoire écrite par le courage des hommes et des femmes durant ces 6 années d’abnégation, que nous apprend cette période sombre ? Que cette guerre ne s’est pas seulement faite autour d’une dispute territoriale comme trop souvent. Non, elle a aussi été porteuse d’une bataille qui ne s’est pas seulement construite par les faits d’armes de nos militaires, mais aussi des civils qui se sont engagés, hommes et femmes. Certains et certaines pour reconquérir leur territoire sous un joug étranger, mais à partir des années 40, se jouait un autre combat, plus sombre : celui de sauver de l’extermination des personnes pourchassées du fait de leur religion ou de leur choix de vie, de leur origine. La désobéissance civile de cette époque permettait de sauver ces persécutés, personne par personne, une vie après l’autre. La 2eme Guerre mondiale reste ainsi un symbole important de notre territoire, elle a forgé l’identité de ces lieux, dans la mémoire collective, ses évènements et ses héros locaux et nationaux sont célébrés et remémorés dans des chemins de la mémoire, des expositions, des ouvrages et bientôt dans Annemasse Agglo un parcours de la mémoire dans nos 12 communes. Car ici, la mémoire est prégnante dans l’histoire de nos familles, de nos lieux de vie : Les Résistants et Justes que nous célébrons sont nationaux et locaux, des hauts faits de résistance ont eu lieu partout dans les environs, des lieux dédiés aujourd’hui jalonnent notre territoire d’Etrembières à Annemasse, à Ville la grand, à Saint Cergues, le mur du souvenir au Juvénat célébré par plus tard que vendredi dernier, ou encore le chemin Michel Hollard à Machilly, pour ne citer qu’eux : ces lieux sont le témoignage de ce combat mené par des gens ordinaires, des gens d’ici, dans leur quotidien, devenus extraordinaires au moment de relever le défi de la solidarité et qui nous remémorent la valeur de la vie humaine, qui nous rappellent à ne pas accepter les morts et les blessés grâce aux engagements civiques parce que chaque vie compte, chaque geste compte et que chacun peut sauver une vie.
Mais les souvenirs s’estompent et nos générations oublient. Aujourd’hui, nos regards sont tournés vers l’Ukraine, sur notre continent, alors qu’à nouveau des familles sont déchirées, que des combattants tombent chaque jour et que s’égrène le nombre de morts…Aujourd’hui encore, au 21e siècle, alors qu’au fil des décennies qui ont suivi la 2eme guerre mondiale, nous pensions avoir appris à dire plus jamais ça, à ne plus accepter le décompte terrible des morts, qu’ils soient militaires ou civils.

Il y 78 ans se terminait un conflit pour des ambitions d’un homme, qui profitant d’une crise économique et sociale, a exacerbé les divisions existantes dans une société autour de la haine de l’autre, du mépris de l’autre, de la jalousie, du refus des diversité d’opinion, religieuse et culturelle. Sommes-nous sûrs qu’aujourd’hui cela ne serait plus possible ? Je ne ferai pas d’analogie avec aujourd’hui, mais prenons garde à ce que les crises que nous traversons aujourd’hui ne nous entraînent pas dans des divisions plus irréconciliables encore, ne laissons pas des situations difficiles ouvrir le champs des possibles à des prédicateurs de haine et de division. Face aux défis sociaux, économiques et environnementaux de demain, n’oublions pas les leçons du passé acquises dans la souffrance : au-delà des morts, au-delà de l’Histoire écrite par le courage des hommes et des femmes durant ces 6 années d’abnégation à qui nous rendons hommage aujourd’hui : la bataille a surtout été portée par une solidarité qui a été plus forte que toutes les haines qui pouvaient nous diviser.

L’année dernière je redécouvrais un poème qui m’avait marqué dans mon adolescence et je crois que plus que jamais il doit guider nos pas dans la tolérance de l’autre et le fin du repli individualiste et c’est pourquoi je vous le livre à nouveau aujourd’hui :

"Je n’ai rien dit...
Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai rien dit, j’étais protestant...
... Quand ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour dire quelque chose »
Pasteur Martin Niemöller, Partisan de l’arrivée d’Hitler, puis résistant. Déporté à Dachau de 1938 à 1945

Merci.

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